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Stop aux idées reçues n° 9

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NON, la France n’est pas un pays pauvre en eau.

Au contraire, METEO France qualifie notre pays de « territoire d’abondance hydrique ». En France, il tombe en moyenne 500 milliards de m3 d’eau par an et 97% de sa ressource en eau rejoint la mer. Le changement climatique augmente les besoins en eau de l’agriculture. Si on souhaite reconquérir une indépendance alimentaire, il faudrait songer à développer le stockage d’eau et l’irrigation.

Le climat de la France est tempéré à dominante océanique. La proximité des mers et océan adoucie les températures et assure une pluviométrie assez régulière. Les précipitations sont en moyenne de 500 milliards de m3 par an. La France dispose de la seconde ressource en eau renouvelable en Europe après la Norvège.

C’est un pays également bien pourvu en stockage d’eau avec ses trois massifs montagneux (Massif central, Alpes et Pyrénées) qui sont à l’origine de grands fleuves (Seine, Loire, Garonne, Rhône, Rhin,…) qui sillonnent notre territoire et l’alimentent en eau.

A ceci s’ajoutent :

  • L’importation d’une grosse masse d’eau par les fleuves transfrontaliers, tel le Rhin, qui nous ramènent 11 milliards de m3 chaque année,
  • Les nombreuses nappes souterraines : 2.000 milliards de m3 dans les 200 plus grands aquifères,
  • Et le stockage d’eau superficiel que constituent nos barrages, retenues, lacs et étangs.

 

En France, l’irrigation ne prélève que 0,6% des précipitations, et 97% de sa ressource en eau parvient à la mer. Il y a donc très peu de prélèvements dans les écoulements. Or, les besoins en eau des cultures augmentent. Ne pas pouvoir les satisfaire nous oblige à nous approvisionner chez nos voisins et sur le marché mondial, et, pour maintenir nos exploitations agricoles, devoir recourir à des indemnisations. Quid sur l’impact environnemental au niveau mondial et sur l’économie française ? Quid sur la durabilité d’un tel système ?

 

L’irrigation ne s’est développée que dans les territoires avec une ressource en eau suffisante.

Dans l’Aube, nous retrouvons l’irrigation sur les nappes de la craie et de la Voire, ainsi qu’à proximité des corridors fluviaux. Elle est beaucoup moins importante qu’en Alsace. Pour contre, l’irrigation est quasi absente en Lorraine.

L’irrigation dans notre département, c’est 20 M m3, soit 0,5% des précipitations (valeur proche de la moyenne française), 5% du volume d’eau stocké dans les grands lacs Seine et Aube, 3 jours du volume d’eau dans la Seine passant à Pont-sur-Seine à débit moyen.

L’irrigation en France est peu développée et stagne depuis une vingtaine d’années, alors que nos voisins européens, même situés plus au nord, la développent pour adapter leur agriculture au changement climatique :

  • Augmentation de la surface équipée entre 2003 et 2013 : + 13,4% en Europe, + 0,03% en France.
  • Surface irriguée en 2010 : 6% de la SAU en France, 13% en Espagne, 24% en Italie.
  • Surface équipée pour l’irrigation en 2010 : moins de 10% en France, 17% au Danemark, 27% aux Pays-Bas.

 

Cette évolution permet à nos voisins de continuer à gagner des parts de marché sur notre territoire et de réduire notre autonomie alimentaire.

L’irrigation en France est peu développée, stagne et consomme peu d’eau. En effet, la consommation moyenne par hectare est faible : 1.700 m3/ha en 2010. A comparer à la moyenne Europe de 4.000 m3/ha et l’Espagne et l’Italie de 4.800 m3/ha. A savoir que, demain, nous aurons le climat que connaissent actuellement ces pays du sud de l’Europe. Est-ce réaliste de penser que 1.700 m3/ha resteront suffisants ?

Les progrès de l’irrigation en France ont été énormes ces vingt dernières années : sur les réseaux, le matériel, les techniques, les outils de pilotage, l’informatique, la génétique,... Le gain en efficience est de 30% [en tonne de matière sèche produite par m3 d’eau prélevé (calcul réalisé sur le maïs)].

Inutile de dire que notre irrigation aura beaucoup de difficulté à économiser plus d’eau et que, sans augmentation de la quantité d’eau apportée, la production française n’arrivera pas à se maintenir. En France, l’irrigation optimise la goutte d’eau apportée, mais elle a besoin de cette goutte d’eau.

Si on se penche sur les pays plus au sud, on s’aperçoit que plus un pays est sec, moins il y a d’eau, plus il la stocke et la mobilise, en premier lieu pour sa production agricole. La France ne stocke que 4,7% des écoulements, contre 48% en Espagne. Or, demain, nous aurons le climat de l’Espagne.

La stratégie des autres pays est de développer l’irrigation afin d’adapter leur agriculture au changement climatique. Celle de la France est de la réduire. Quelles seront les conséquences ?